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Gérard STREIFF, Auteur, romancier, journaliste.

Gérard STREIFF : journaliste, romancier, historien

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Posted on 31 mars 2026

ARCHIVES MUNICIPALES D’IVRY

 Une partie de mes archives a été remise aux archives municipales d’Ivry, le 10 juillet 2019. Ce service était alors dirigé par Michèle Rault. Etat de ce fonds :

Biographie express

1949 (17 mars): Naissance à Moyeuvre-Grande, Moselle

Père d’Alice et Ivan Streiff (nés à Moscou en mars 1987)

Université

1961/1967 : Lycée Fabert, Metz

1966/67 : Bourse Zellidja, voyage au Maroc (sur les traces des ruines romaines)

1967 : Bac philo

1967/1970 : Sciences po Strasbourg (boursier), diplôme

1972 : Diplôme HEE, Hautes études européennes (Strasbourg), mémoire (Professeur L’Huillier) sur « L’Union Soviétique de 1917 à 1924 vue par (la revue) Europe nouvelle (de Louise Weiss). De l’homme au couteau entre les dents à la reconnaissance. » 

Correspondances avec Louise Weiss.

1997/1998 : DEA à Sciences Po Paris  avec Jean-Noël Jeanneney ; rédaction d’un mémoire sur « Jean Kanapa, de Sartre à Staline, 1921/1948 » ; un livre en sortira aux éditions La dispute (1998) ; rédaction d’une note sur « 1981. Les journalistes communistes à la télévision ».

1998/2001 : Thèse de doctorat en Histoire, avec Jean-Noël Jeanneney intitulée « Jean Kanapa, 1921/1978, une singulière histoire du PCF ») ; la thèse est soutenue en 2001 ; le jury comprend : Jean-Jacques Becker, Jean-Noël Jeanneney, Marc Lazar, Frédérique Matonti, Jean-François Sirinelli ; la thèse donnera lieu à un livre (deux volumes) chez L’Harmattan, 2001.

Docteur en Histoire 

2005/2015 : Qualifié (CNU) en Communication ; Chargé de cours en communication à Paris/Créteil, Paris/ Villetaneuse, Paris8/St Denis

Politique

1968 : Adhésion UEC et PCF

1973/1982 : Collaborateur au (puis responsable adjoint du) secteur international du PCF ; secrétaire de Jean Kanapa ; responsable du secteur Europe.

1979 : Elu membre du Comité central du PCF (jusqu’en 1994).

1979/1982 : Installation à Ivry ; responsabilité au secrétariat de section du PCF

1982/1986 : Correspondant permanent du journal L’Humanité à Moscou (poste tenu chaque été  en qualité d’envoyé spécial jusqu’en 1992)

1986/1994 : Rédacteur en chef adjoint de l’hebdomadaire Révolution

1994 : Rédaction de Regards

1994/2010 : Responsable adjoint du secteur Communication du PCF

Depuis 2000 : Rédacteur (puis rédacteur en chef depuis 2016) de l’hebdomadaire Communistes (à présent en mode numérique depuis 2019).

2010/2017 : Rédacteur en chef du mensuel « La revue du projet »

Depuis 2017 : Rédacteur en chef du bimestriel « Cause Commune »

Littérature

Le répertoire BALZAC de la SGDL mentionne 105 ouvrages à mon nom.

Auteur d’une centaine d’ouvrages, tous genres confondus : biographies (de Marie-Claude Vaillant-Couturier ; Georges Marchais ; Guy Môquet), reportages, essais, romans historiques et romans policiers ( une vingtaine, adultes et jeunesse).

Parmi les essais : « La dynamique Gorbatchev », Messidor, 1987 ; « Ex-Urss, un nouveau tiers monde », Messidor, 1992 ; « Un procès stalinien à St Germain des Prés », Syllepse, 1999 ; « Jean Kanapa, 1921/1978, une singulière histoire du PCF », L’Harmattan, 2001 ; « Marchais », Arcanes 17, 2017.

STREIFF

FONDS D’ARCHIVES/IVRY/2019

Périodes couvertes par le fonds d’archives = 1966 (Bourses Zellidja) ; Sciences Po et HEE/Strasbourg (1967/1973) ; Secteur international du PCF (1973/1982) ; Moscou (1982/1992) ; Revues de presse de différents essais ; Révolution ; Regards ; IMV.

AVANT MOSCOU

3 classeurs

Classeur Alpha I : Bourse Zellidja pour séjour (en mobylette) au Maroc, été 1966. CR de voyage sur «  L’empreinte de Rome au Maroc. »

Classeur Alpha II (1967/1971)

Deux notes réalisées dans le cadre des études à Sciences Po/Strasbourg (1969/1970) : « Le problème des structures de la FGDS (Fédération de la gauche démocrate et socialiste) » ; « La NEP (nouvelle politique économique en URSS) »

Le mémoire des Hautes études européennes (1972) sur « L’URSS vue par la revue Europe Nouvelle. De 1917 à 1924 » ; correspondances avec Louise Weiss.

Classeur Bêta (1973/1982) : articles sur l’Afghanistan (15/1/1980), la brochure pilonnée lors des législatives 1978, Berlinguer mai 82.

Classeur Gamma (1977/1981) : articles sur la « polex », succession de Kanapa ; présidentielles de 1981, la section d’Ivry.

UNION SOVIETIQUE

(et rédaction de Révolution)

15 classeurs

Dix ans de correspondances, 1982/1992 dont cinq comme correspondant permanent

(1982/1987) puis envoyé spécial, l’été ; un millier d’articles notamment sur Gorbatchev/perestroïka.

Mots-clés : Andropov, Pérestroïka, Gorbatchev, Tchernobyl, Putsch, Ivry

Classeur A= 1982

L’affaire du gazoduc, mes reportages, l’écho dans la presse, la polémique

Classeur B=1982/1983

La mort de Brejnev, Andropov, réformes, relations France/URSS, question des missiles.

Classeur C=1983/1984

Les réformes d’Andropov, l’affaire de l’avion sud coréen, article sur les résistances contre Andropov, échos dans Le Monde, Fiterman à Moscou, échanges Krasnaïa Presnia/Ivry, mort d’Andropov, Tchernenko, visite de Mitterrand.

Un long télex de janvier 1984 sur le bilan de l’année 1983.

Classeur D=1984

France/URSS, créations, théâtre, Boulgakov, Gorbatchev n°2, Islam, construction du BAM (transsibérien).

Classeur E=1985

La novation Gorbatchev, la robotique, la science-fiction, la place des femmes, l’anniversaire du 8 mai, l’alcool, le festival mondial de la jeunesse

Classeur F= 1985/86

Culture, échecs, interview de Gorbatchev(exclusivité 8/2/86)

Classeur G=1986

27è congres PCUS, TCHERNOBYL, sortie du livre « La dynamique Gorbatchev », portrait de Kissine (pianiste)

Classeur H=1986

Retour en France, hebdomadaire Révolution, débats autours du livre La dynamique Gorbatchev

Classeur I =1987

Révolution, débats autour du livre, séjours URSS

Classeur J=1988/1990

Tensions en URSS, destruction missiles, l’Etat-PS, sortie du livre « 1992. Marché de dupes »

Classeur K= 1990/1991

Les incertitudes de la pérestroïka, livre sur L’Etat-PS

Classeur L= 1991/92

L’été 1991 à Moscou, mon séjour en juillet, le reportage de Révolution, le putsch, le retour à Moscou, le livre « Ex URSS, un nouveau tiers-monde », les débats, 1992, référendum

Classeur M=1992/1994

Ma candidature à la législative de 1993 à Charenton/Maisons Alfort, le livre « La nations à la une », La fin du journal Révolution (dernier numéro en fin de classeur), arrivée Robert Hue

Classeur N =1988/1993

Six numéros spéciaux de Révolution intitulés « Le tour du monde en (date) » ; un hors-série annuel avec des articles théoriques inédits et une riche illustration ; deux publications Spécial Apartheid et un Spécial Aragon.

Classeur O

Inventaire manuscrit des 1000 correspondances de Moscou.

Quelques exemplaires de fax : on communiquait de Moscou à la rédaction de L’Humanité par télécopieur ou téléfax ou fax sur une ligne téléphonique.

Quelques exemplaires de L’Humanité ou de revues soviétiques (« Za rubijom », De l’étranger) avec mes articles.

APRES MOSCOU

Classeurs P1, P2, P3=Mensuel REGARDS (1995/2000)

Série de grands entretiens (Paul Thibaud, Pierre Rosanvallon, Pierre Daix, Alain Touraine, Jean-Pierre Le Goff, Danièle Sallenave, Bertrand Poirot-Delpech, Catherine Clément, Gérard Mordillat, Hélène Parmelin, Joël Jouanneau, Michel Field, ? Taguieff, Marc Ferro, Plantu, La Croix-Riz) ; série de critiques d’essais « L’esprit Livres ».

Classeurs Q1, Q2, Q3, Q4, Q5

L’ensemble (32 ans) de mes chroniques de romans parues dans Ivry-ma-ville de 1987 à 2019

Classeur R : Un dossier de presse sur le livre « Jean Kanapa, de Sartre à Staline », édition La dispute, (1998), tiré du DEA/Sciences Po Paris et un exemplaire de ce mémoire de DEA (1998)

Classeur S : dossier de presse sur « Procès stalinien à St Germain des Prés »,1999, ed Syllepse : le récit, à base d’archives, de l’exclusion en 1949 de M. Duras, R. Antelme, etc, du PCF.

Classeur T : débats et dossier de presse sur le livre « La dynamique Gorbatchev », Messidor, 1986

Classeur U :  débats, courriers et dossier de presse sur le livre (texte intégral de la thèse) « Jean Kanapa. 1921/1978. Une singulière histoire du PCF », L’Harmattan (2001)

Classeur V : dossier de presse sur le livre « Guy Môque. Chateaubriant. Le 22 octobre 1941 », 2OO7, éditions Le Temps des cerises

Classeur W : Transcription d’un entretien avec Georges Marchais (janvier 1996) pour une autobiographie qui ne se fera pas ; vingt ans plus tard, avec notamment ce document, je publie « Marchais » (Arcanes17)

Enveloppes X et Y : Moscou 1982/1986, photographies de reportages pour L’Humanité en Russie et dans les différentes Républiques.

Enveloppe Z : photographies diverses : rencontres de PC d’Europe de l’ouest (après Bruxelles, 1974) ; Conférence (des PC d’Europe) de Berlin 1976; débats organisés par Révolution ; deux photographies de la campagne présidentielle de 1981, Georges Marchais au parc Thorez.

DOSSIER SUPPLEMENTAIRE

Eté 2019

Trois nouveaux éléments :

-Zellidja, 1967, le rapport remis suite au voyage et la notification par l’association (en complément du projet de voyage déjà versé)

-Un dossier sur les « interdits professionnels » visant les fonctionnaires de la Commission de Bruxelles, 1976, dossier que je pilote pour Kanapa et qui eut un fort écho.

-Un petit fonds d’archives, constitué de notes manuscrites ou tapuscrites, de 1980 à 1985. Leur état de conservation n’est pas parfait mais le fonds est intéressant car il y est question d’événements tels que : le discours de GMarchais à la cité internationale de la Fête de l’Huma 1980 (projet et version définitive) ; mes prises de position pour le deuxième tour des présidentielles de 1981 (j’étais alors responsable du PCF à Ivry) ; des discours de Marchais ou Fiterman à cette occasion ; des notes de travail sur le nouveau pouvoir ; ma participation à la conférence de section d’Ivry de 1982, préparant le 24è congrès; le dossier quasi complet de la rencontre Marchais/Berlinguer à Paris en 1982 (je suis à la veille de partir à Moscou) ; différentes interventions sur l’URSS et les pays socialistes devant le Comité central (je suis alors à Moscou et fais des AR pour ces sessions).

« La résistance communiste dans le Bas-Rhin »

Le manuscrit initial de ce texte a été rédigé au printemps 1970. Il a probablement été alors dactylographié mais je n’ai pas conservé de version tapuscrite.

Je l’ai re-dactylographié (été 2019), en conservant le style (et des maladresses) de l’époque.

Dans quel cadre ai-je entrepris cette recherche ? J’hésite. J’étais alors en troisième (et dernière) année de Sciences-Po Strasbourg. Il pourrait s’agir d’un mémoire de fin d’études pour l’université. Mon professeur d’histoire était François-Georges Dreyfus, directeur de l’IEP, réactionnaire solide mais ouvert…

L’air du temps post 1968 autorisait ce genre de débats…

Ou alors s’agit-il d’un travail destiné à l’Institut Maurice Thorez (à vérifier) ?

J’ai eu alors accès à de nombreux fonds d’archives, à la fédération du parti, à la FNDIRP, aux archives départementales, au journal L’Humanité d’Alsace-Lorraine,  des archives individuelles également.

Je me suis entretenu avec Gauthier Heumann, rédacteur en chef de l’Humanité d’Alsace Lorraine, Rosenblatt, Serge Fischer, Alphonse Boosz.

Cette étude n’apporte probablement pas d’éléments inédits pour un lecteur averti d’aujourd’hui. Mais elle fut pour moi un moment d’intense et palpitante découverte.

07/2019

SOMMAIRE

Avant-propos

Première partie

De la drôle de guerre à l’annexion

La situation dans le Bas-Rhin fin 1939

Les débuts de l’organisation (1941/1942)

Deuxième partie

Les grandes épreuves (1941/1942)

La répression, les procès(1943)

Libération : illusions, déceptions

Conclusion

Avant-propos

Il y a 25 ans, le Bas-Rhin, annexé durant quatre ans par le fascisme hitlérien, fut libéré par les forces unies de la Resistance française et par les troupes alliées. Frappée à mort par les armées soviétiques à l’Est, la Wehrmacht hitlérienne put être refoulée du sol français puis écrasée définitivement.

Mais le fascisme hitlérien laissait derrière lui dans le Bas-Rhin des dizaines de milliers de victimes de l’annexion sanglante : les patriotes décapités, assassinés, torturés à mort, les déportés dans les camps de concentration, les déserteurs et les évadés, les combattants qui ont rejoint les rangs des FTP ou les FFI de l’autre côté des Vosges, les incorporés de force dans la Wehrmacht hitlérienne fusillés, morts ou blessés pendant les combats, les dizaines de milliers d’expulsés et de transplantés, les sinistrés, etc. Malgré des conditions particulièrement difficiles, ces hommes et ces femmes se sont opposés au fascisme hitlérien.

Notre but n’est pas de faire l’histoire de la Résistance en Alsace et en Lorraine. Ce serait une lourde tache nécessitant des mois de recherches et de travail. Notre intention est de montrer dans le développement de la Résistance dans le Bas-Rhin le rôle de la classe ouvrière et du PCF, le seul parti organisé illégalement contre l’occupant.

Joseph Marie Bopp, dont les opinions politiques sont fort éloignées des communistes, écrit dans son ouvrage « L’Alsace sous l’occupation allemand » que c’est « surtout la classe ouvrière qui s’est montrée admirable et exemplaire pendant toute la durée de l’occupation ».

Sans diminuer le rôle des groupes de résistance de diverses origines dont les activités sont décrites dans des œuvres qui leur ont été consacrées, c’est à la classe ouvrière et au PC que nous voulons donner la place qu’il convient dans la Résistance. Dans les usines, sur les chantiers bas-rhinois, les nazis ont arrêté des centaines de communistes pour les envoyer dans les caves de la Gestapo, dans les camps de la mort ou à la potence. Antifascistes exemplaires, les communistes furent aussi les promoteurs infatigables de l’unité de la population contre l’occupant. Par la voix de L’Humanité d’Alsace et de Lorraine, le seul journal ayant paru dans l’illégalité, Georges Wodli, membre du comité central du PCF, s’est adressé aux travailleurs chrétiens, en même temps que d’autres dirigeants communistes s’adressaient aux autres organisations de résistance pour forger l’unité dans la lutte commune.

Dernier point qui mérite enfin d’être mentionné : le département du Bas-Rhin vient tout de suite après la Seine pour le nombre des victimes de guerre et l’importance des destructions, ce qui donne une idée du poids de l’occupation dans cette région.

PREMIERE PARTIE

DE LA DROLE DE GUERRE A L’ANNEXION

Lorsque nous avons demandé à un dirigeant communiste de dater l’origine de la résistance communiste en Alsace, il nous a répondu : le 6 février 1934. Cette réponse est très judicieuse car elle nous oblige à considérer la résistance communiste à l’occupation nazie comme une forme, la dernière et la plus dure, de la résistance du PCF au fascisme.

Dès 1933 en effet, le mot d’ordre de résistance au fascisme fut un des points clés de la propagande communiste bas-rhinoise. Les luttes ouvrières qui ouvrirent la voie au Front populaire furent très vives dans le Bas Rhin. D’aillleurs cette lutte antifasciste débordait largement le cadre national : les premiers résistants contre le fascisme furent les 1300 alsaciens-lorrains engagés volontaires dans les Brigades internationales pour combattre au côté de la République espagnole contre Franco. Parmi eux se trouvaient le sportif travailliste Engel de Hoenheim, commissaire d’une brigade en Espagne, tombé au champ d’honneur. A la même époque, les agents nazis et le politiciens de l’UPR organisent une campagne inouïe contre la République espagnole. Après l’annexion, Hitler donna à chacun son dû : les combattants d’Espagne qui sont rentrés furent  déportés dans les camps de concentration de Schirmeck, Dachau et Mathauseen ; les agents nazis et les dirigeants UPR furent intronisés dans de hautes fonctions.

De même de 1933 à 1939, les communistes bas-rhinois eurent-ils l’occasion d’aider les antifascistes allemands dans la lutte contre Hitler. Des milliers de réfugiés allemands furent accueillis dans des familles alsaciennes. Des campagnes de solidarité de grande envergure furent organisées pour les antifascistes traînés devant les tribunaux nazis. On tenta enfin de faciliter le travail des organisations antifascistes clandestines en Allemagne par les moyens les plus divers.

Lors de l’entrée des nazis en Alsace, la Gestapo arrêta immédiatement un certain nombre de communistes pour l’aide qu’ils avaient fournie aux antifascistes allemands : ainsi les frères Hertzog de Strasbourg.

De même sur l’initiative du comité central du PCAllemand, un organisme spécial fut constitué à Strasbourg pour organiser et diriger la lutte clandestine de la fédération du PCA en pays de Bade.

De grandes campagnes contre les persécutions nazies en Allemagne, t dont l’écho se répercutait outre-Rhin, furent menées : « Pour sauver Ernest Thaelman », secrétaire général du PCA, chef de la résistance au nazisme en Allemagne ; « Pour sauver l’admirable Edgar André », le docker, député de Hambourg, dirigeant du Front rouge antifasciste ; « Pour sauver Liselotte Hermann », emprisonnée avec son bébé ; « Pour sauver Scheer »…Par les militants allemands, les communistes alsaciens avaient appris à connaître les conditions de la lutte clandestine, ce qui sera d’une grande aide dans l’organisation de leur propre résistance. Ces militants communistes participèrent également à l’ édition de Rote Fahne (le  drapeau rouge), organe central du PCA et de Deutsche Volkszeitung (journal du peuple allemand). Acheminées illégalement en Allemagne par la Suisse, ces feuilles apportaient une petite flamme de vérité dans la nuit qui s’était étendue sur toute l’Allemagne.

Ainsi au moment de l’entrée en guerre de la France, les communistes bas-rhinois ont-ils derrière eux déjà une longue tradition de lutte contre le fascisme. Cependant, dans un département où très vite la vie politique s’est orientée vers un monopartisme de droite, dont le rôle revient à l’UPR, où le facteur religieux joue un rôle important, où les autonomistes font un travail de sape depuis plusieurs années, le PC traverse une grave crise au début des années trente. Malgré une remontée appréciable lors des élections de 1936, le PC n’était pas dans une position de force. « A partir de 1930/31, le comité central sous la direction de Maurice Thorez, lutte pour l’application d’une véritable politique communiste et l création du véritable PC en Alsace-Lorraine avec l’aide de camarade comme Georges Wodli. Cependant en 1939, il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine » dixit François Billoux (Cahiers du communisme, mars 1950).

Au seuil de notre étude, il convient de faire remarquer que si nous nous sommes limités à une approche historique de la résistance communiste bas-rhinoise, la raison en est simple : en effet en dehors de brochures relativement brèves, rien jusqu’à ce jour n’a été publié sur le sujet. C’est donc un travail essentiellement de recherche que nous avons du faire. Notre effort n’aura pas été vain puisque la rédaction de l’hebdomadaire régional L’Humanité d’Alsace et de Lorraine nous a d’ores et déjà assuré qu’elle allait passer des annonces afin de rassembler tous les témoignages sur cette période passionnante de notre histoire, et combler ainsi un vide regrettable.

Bien entendu, les journaux régionaux du PCF n’échappent pas à l’interdiction qui avait été décidé dans la nuit du 24 au 25 août 1939. L’Humanité d’Alsace-Lorraine était donc interdite. Dans l’ensemble du pays mais en particulier dans le Bas-Rhin, considéré comme zone de front, de nombreux communistes sont arrêtés, condamnés et internés. Le journal clandestin édité par le parti e, Alsace porte le titre suivant : « Unité de la nation française contre l’agresseur hitlérien ».

Le 3 septembre marque le début de la seconde guerre mondiale. Avec la déclaration de guerre, une période extrêmement dure commence pour les populations le long de la frontière du Luxembourg à la Suisse, Strasbourg inclus. Des centaines de milliers de femmes, d’enfants et d’hommes sont évacués. L’évacuation de Strasbourg se fait en 48 heures et touche 200 000 habitants. Les strasbourgeois se retrouvent d’abord dans la vallée de la Bruche puis on les transporte dans des wagons à bestiaux dans les départements d’évacuation : Indre, Charente, Dordogne, Haute Vienne, Lot et Garonne, Hérault, Landes. Un tiers de la population sera évacué. L’organisation de l’évacuation est défectueuse. En beaucoup d’endroits, rien n’est prévu pour accueillir les familles. Mais là où, en Haute Vienne, en Dordogne et dans l’Indre, il y avait des maires communistes ou progressistes, les évacués ont été bien reçus. Ailleurs il y eut des incidents et des manifestations.

Sur le front du Rhin, calme plat. Strasbourg était vide à l’exception des patrouilles de soldats. Dans les villages évacués le long du Rhin, encore des soldats. Sur les toits des bâtiments du port de Strasbourg, des soldats montent la garde. Ils peuvent voir comment, de l’autre côté du fleuve, l’armée allemande érige des fortins. Les nazis utilisent des hauts-parleurs et jouent de la musique aux Français. Quant aux soldats français, interdiction formelle de tirer. Ceux qui tirèrent sur les nazis sont sévèrement punis. La propagande officielle déclare : « Il n’y a qu’à attendre, nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts ». Au lieu de tirer des obus contre la Wehrmacht, les soldats français jouent au football et envoient des ballons pacifiques dans des buts qu’ils s’étaient construits eux-mêmes.

Pendant ce temps le gouvernement Daladier porte l’essentiel de son effort de guerre…sur les organisations démocratiques. Ainsi le 26 septembre, le PCF est interdit. En Alsace, de nombreux militants communistes sont arrêtés et envoyés à la prison d’Arches. Les militants communistes, qualifiés de « traitres » et de « nazis », se retrouvent dans les mêmes cellules que les autonomistes nazis alsaciens. M. Ott, un des dirigeants de la résistance communiste dans le Bas-Rhin, avouera que cette cohabitation sera certainement ce qui sera le plus dur à supporter durant leur détention. Pendant ce temps, de nombreuses perquisitions, sur l’initiative de Daladier, ont lieu à Strasbourg évacué, sans témoin.

Suivront six mois de cette guerre qui n’en est pas une, un temps de trahisons et de rumeurs.

Pour les communistes, la situation est terrible : face à un gouvernement qui les emprisonne, à un ennemi fasciste aux portes de la France et à une opinion publique de plus en plus désorientée, les Alsaciens étant beaucoup plus soumis à la démoralisation de la « drôle de guerre » que les autres Français.

Clarifier la situation politique, montrer où sont les véritables responsabilités de la catastrophe, telle va être la tache des militants communistes bas-rhinois, du moins de ceux qui restent (libres) car nombreux sont en prison ou à l’armée.

Tout de suite après l’interdiction du PCF, des tracts furent distribués (cf Marchal/Rothau) traitant des négociations franco-soviétiques à Moscou pour un front commun contre Hitler. Le tract montrait comment le gouvernement français avait saboté ces pourparlers car il n’était nullement dans ses intentions de battre Hitler mais de l’utiliser pour faire la guerre contre l’Urss. La propagande gouvernementale anticommuniste et antisoviétique va battre son plein. Le pacte de non-agression germano-soviétique en sera le principal objet.

Lors de l’attaque allemande de juin 1940, les militants du PCF internés à Arches vont faire la demande d’aller se battre au front. Les autorités le refuseront. Sous les sarcasmes des nazis alsaciens qui prêchent la défaite française et se saluent à grand renfort de « Heil Hitler ! »

En fait le sort est jeté, Reynaud abandonne le gouvernement au maréchal Pétain, vieil homme affilié aux milieux d’extrême droite, de Maurras aux Cagoulards. Désormais la trahison est accomplie. Pétain demande l’armistice alors que l’avance allemande est irréversible : le 11 juin la ligne Maginot est privée de son artillerie qui se porte au Nord, le 15 les Allemands passent le Rhin, le 17 ils sont à Colmar et Metz, le 18 à Mulhouse, le 19 ils pénètrent à Strasbourg totalement désert.

L’armistice est signé peu après (22 juin).

Le long du Rhin et dans la ligne Maginot, les soldats français, en majorité des alsaciens, des lorrains et des parisiens ont opposé une résistance acharnée contre l’agresseur. Cette résistance héroïque devait se prolonger ( ?).

Les accords d’armistice ne font pas référence aux trois départements de l’Est, Moselle, Bas-Rhin, Haut-Rhin. Hitler dira à Wagner, le gauleiter du Bas-Rhin : « Je vous donne dix ans pour germaniser l’Alsace ». Les intentions sont claires, personne ne l’ignore, tant du côté français que de l’opinion publique alsacienne.

Le long processus de l’annexion est en fait en route. D’abord discrète puis de plus en plus déclarée et enfin officielle.

Le 25 juin à 1h45, la « drôle de guerre » est finie. Une partie de la France est occupée, l’Alsace-Lorraine (Moselle) est annexée de fait. Pétain s’installe à Vichy.

Le 28 juin Hitler arrive à Strasbourg par le pont du Rhin où il est reçu par le général nazi Dollmann. Celui-ci lui fit le rapport suivant : « Cinq jours nous ont suffi pour occuper la ligne Maginot, libérer l’Alsace entière jusqu’au sommet des Vosges. Nous avons fait prisonniers 750 000 soldats ; nos pertes s’élèvent à 700 soldats ».

Les troupes de la Wehrmacht défilent devant le parvis de la cathédrale. Le même jour, Hitler s’adresse par deux fois aux troupes, devant la cathédrale puis au Donon pour leur demander s’ils pensaient possible de rendre à la France un jour de « telles merveilles ». Bien entendu la troupe clama sa désapprobation…

En juillet 1940, des files de prisonniers de guerre français revinrent sur Strasbourg abandonnée sans qu’un coup de fusil ne fut tiré pour la défendre. Tous avaient le sentiment d’avoir été trahis. Quand de jeunes soldats allemands s’adressaient aux alsaciens sous uniforme français pour leur dire « Vous allez devenir allemands », ce fut la première révolte intérieure de leur part. Le réveil après tous ces mensonges. Quelques jours plus tard, au Polygone de Strasbourg, quand le fameux docteur Ernst, Oberburgermesiter nazi de Strasbourg, s’adresse aux mêmes soldats alsacien pour essayer de leur faire comprendre qu’ils étaient allemands et leur demande de chanter une vieille chanson connue de tous, ce fut la première révolte extérieure. Les 10 000 présents furent unis spontanément. A peine une dizaine chatent avec lui.

Les occupants, en accord avec le gouvernement de Vichy, et au nom du « Volksdeutsche », vont obliger les alsaciens exilés dans le sud-ouest de la France à rentrer. En fait ce retour va pose de nouveau de terribles problèmes : il y a ceux qui refusent de réintégrer une Alsace « nazie », ceux qui craignent des représailles sur les membres de la famille restés au pays…Quelle que soit la situation de chacun, le sentiment général est celui d’une terrible lassitude. On ne comprend pas.  Le retour va s’effectuer dans des conditions aussi déplorables que le départ. L’arrivée en gare de Strasbourg : sur le quai, branle-bas des services de propagande nazie. Drapeaux à croix gammée en masse, orchestre, hymne nazi, masse de gens en uniformes rutilants, orateur qui salue « la fin des misères françaises ». En sortant de la gare, des jeunes déjà embrigadés dans les formations nazies (les cadres étaient des fils de collaborateurs) prenaient les valises et les paquets des mains, les chargeant sur des charrettes à bras et les transportant jusqu’au domicile…

Les conditions de vie à Strasbourg étaient catastrophiques : en août 1940, l’élévation du coût de la vie était de 120 à 180% pour les denrées de première nécessité.

Enfin la politique d’annexion va devenir  ce qu’il y a de plus officiel avec la déclaration publique du gauleiter Wagner. En décembre 1940 l’annexion est terminée : le 30 novembre la Loraine (Moselle) est rattachée au Reich et forme avec la Sarre le Gau Westmark. L’Alsace est rattachée au Gau de Bade.

Seul de tous les partis politiques le PCF proteste contre cet état de fait en novembre 1940. Seul au milieu du silence de tous les journaux coallabos, L’Humanité dans un numéro spécial du 10 décembre 1940 distribué à des dizaines de milliers d’exemplaires publie la protestation du PCF. (Il fustige Vichy, « tous les impérialismes » -sans mention de Hitler- et évoque le droit des peuples.)

En fait Vichy proteste aussi. La première fois le 3 août mais comme le dit M. L’Huillier, ce sera une de ses 62 protestations qui toutes seront platoniques et discrètes. Vichy accepte la violation des accords d’armistice.

SITUATION DE L’ALSACE

Avant d’aborder le résistance communiste proprement dite, il convient de s’attarder un peu sur la situation de l’Alsace sous la botte nazie. Les descriptions ne manquent pas mais il est indispensable, pour comprendre la portée, la valeur et la limite de la résistance, de connaître les conditions dans lesquelles elle s’est déroulée. En guise d’introduction on peut citer cette phrase d’un militant communiste de Moyeuvre Gde (57), une ville qui connaissait sensiblement la même situation que les autres territoires annexés : »Le réseau d’espionnage, de surveillance de tous les instants, de délation, de fichier d’entreprise dans nos régions annexées était tel qu’à mon arrivée à Lyon, malgré la police vychiste, j’avais l’impression d’être libre ! Evidemment nous ne l’étions pas mais j’étais débarrassé de ce corset de fer qui nous étouffait en Loraine et en Alsace annexée » (voir livre Valloton, L’Alsace vous parle).

Cette différence d’ambiance (avec le reste de la France occupée)tient bien entendu à la présence nazie en Alsace, à la germanisation forcée de tous les aspects, di minimes soient-ils, de la vie quotidienne, de la présence omnipotente de l’appareil national-socialiste (Wagner était Gauleiter, Ernst tenait le rôle d’Oberburgermesiter), de ce quadrillage monstrueux de tout l’univers des alsaciens, la construction dès juillet 1940 du camp de concentration de Schirmeck dirigé par le terrible Buck, preuve irréfutable du fait que les Allemands ne se faisaient guère d’illusions sur l’attitude des Alsaciens, de la .

création de syndicats nazis, les DAF (Deutsche ArbeitFront). La situation est tributaire également de la présence d’autonomistes alsaciens germanophiles, de nazis notoires qui dès l’armistice se sont mis au service de l’occupant. Bien que ces hommes ne représentèrent jamais qu’une infime minorité de la population, ils eurent par  moments un grand rôle à jouer. A noter que ces pro-fascistes, dès leur libération des prisons françaises, se sont réunis le 18 juillet 1940 aux Trois Epis et, sous la conduite de Ernst, dirigeant nazi d’origine alsacienne, ils demandent l’annexion au 3è Reich. Il s’agissait de personnages qui avaient déjà un passé politique chargé : Antoni, Bickler, Bieber, Brauner, Hauss, Keppi, Lang, Meyer, Mourer, NussBaum, Oster, Rossé, Schall, Schlegel, Sturmel.

Il  y a aussi le poids de l’Eglise, catholique et protestante, toute puissante et qui a son mot à dire dans tous les domaines. Son attitude sera très favorable à l’occupant et à aucun moment, il n’y aura de réelle organisation de résistance catholique, seulement des cas isolés. Wagner lui même avouera à son procès à la Libération qu’il a trouvé lors de son arrivée « une grande compréhension » dans la hiérarchie catholique. Les dirigeants des partis cléricaux (UPR, Apna) et les capitalistes alsaciens (sauf exceptions) seront dans leur grande majorité des collaborateurs notoires. Quant au Parti socialiste, à cette époque, il est totalement démantelé.

Il y a encore les problèmes propres de l’Alsace et qui jouèrent un grand rôle dans toute la vie politique, culturelle et religieuse de puis 1870 déjà. Certes ces problèmes ne sont pas nouveaux mais ils contribuent à alourdir encore le climat.

Tels sont, rapidement mentionnés, les principaux facteurs qui rendaient la résistance à l’oppresseur très difficile mais non insurmontable comme nous allons le voir.

Ajoutons qu’il ne faudrait pas croire que la politique allemande a toujours été la même. En fait on distingue deux moments. Dans un premier temps, qui va de juin 1940 à la fin 1941/début 1942, les nazis se montrent sous un jour libéral. Mais le ton change vite. Les raisons sont nombreuses : résistance des alsaciens, échecs militaires à l’Est…Les occupants vont dévoiler leur vrai visage. Ces deux temps se retrouvent dans la vie de la Resistance.

Un dernier mot enfin sur une vue d’ensemble de la Résistance dans le Bas-Rhin :schématiquement, nous pourrions parler de cinq sortes de résistances : la résistance communiste, la seule organisée et représentant un parti politique ; la résistance gaulliste ; la résistance des jeunes ; les passeurs ; la résistance « spontanée ».

La résistance gaulliste est composée surtout d’anciens officiers et patriotes qui groupent du matériel pour le transmettre à Londres. Il y a la « 7è colonne d’Alsace » qui se borne à prévoir les mesures militaires et administratives pour la Libération. Les gaullistes d’Alsace seront décimés en juin 1942, les dirigeants condamnés à mort puis graciés. Schaelterle et Clainchart meurent en prison. Le réseau avait divulgué un rapport secret de l’Oberregierungsrat nazi Maier qui traitait de la façon dont des centaines de milliers de prisonniers soviétiques étaient « liquidés » et de la lutte acharnée des partisans soviétiques qui empêchaient les allemands d’exploiter les territoires de l’Est. La divulgation de ce rapport avait fait grand bruit.

Les jeunes alsaciens ont tenu un grand rôle, que ce soit la jeunesse communiste (importante comme agents de liaison) tels Urr et Rau ou catholique comme Weinum (ce dernier était l’auteur d’un attentat manqué contre Wagner ; il sera condamné à mort le 3 mars 1942).Ils se sont tous opposés farouchement à l’enrégimentement fasciste. De même sur l’initiative de Mgr Neppel, l’étudiant Alphonse Adam créa un Front de la jeunesse catholique qui faisait passer les incorporés de force et les réfractaires en France. En janvier 1943, 24 dirigeants sont arrêtés, 6 sont condamnés à mort et fusillés le 15 juillet 1943 à 6h du matin.

De multiples réseaux de passeurs ont eu une très grande activité durant l’occupation. Plusieurs milliers de personnes (réfugiés, évadés, réfractaires à l’incorporation) passèrent en France.

La résistance « spontanée » enfin, c’est à dire les mille et un aspects de la vie quotidienne où le peuple alsacien témoigna de son opposition au nazisme : chant de la Marseillaise, port du béret basque, utilisation de la langue française, écoute de radio Moscou ou de radio Londres.

LES DEBUTS DE L’ORGANISATION(1940/1941)

En Alsace et en Lorraine comme dans le reste de la France, tous les partis avaient sombré. Seul le PC se regroupa organiquement dès les premiers mois de l’occupation, commençant son action par la distribution de tracts, protestant contre l’annexion et ses conséquences ainsi que contre les expulsions.

L’organisation du PCF a considérablement souffert. Le dirigeant régional Marcel Rosenblatt a été arrêté par la Gestapo et déporté dans le KZ de Buchenwald. Certains militants communistes bas-rhinois seront d’ailleurs dans l’impossibilité de rentrer dans leur pays et militeront là où ils se trouvent. Ainsi Serge Fischer, bibliothécaire à la BNUS, envoyé à Clermont-Ferrand avec l’université de Strasbourg. Il représentera la Front national dans cette ville jusqu’à son arrestation par les allemands en 1943.

Au début, les contacts avec le comité central de Paris sont inexistants. Les militants ignorent « l’appel au peuple de France » de Thorez et Duclos du 10 juillet 1940. Malgré tout, dans le désarroi général, dans la confusion politique la plus intense, les militants se regroupent et sortent leur premier tract là où ils le peuvent. La tache fondamentale est de montrer que le parti existe, qu’il poursuit la lutte, qu’il faut reprendre confiance. Et ce n’est pas une tache facile.

Lors de l’arrivée des allemands à Arches, les nazis alsaciens sont libérés en grande pompe. Karl Roos, leur ancien leader, fusillé par les Français, est érigé en héros national. La place Kléber portera d’ailleurs son nom sous l’occupation. Ces autonomistes demandent d’ailleurs aux allemands de garder emprisonnés les communistes alsaciens qui se trouvent là. Mais les ordres sont autres. Car les occupants essaient de spéculer sur le désarroi et la confusion politique et idéologique de l’époque pour gagner à eux ces militants. Face à une bourgeoisie française qui les a vendus et emprisonnés, les nazis tentent de passer pour des libérateurs. Mais le chantage ne marche pas, aucun des communistes emprisonnés ne se laisse tenter. Ce n’est pas trop que de souligner l’extraordinaire lucidité idéologique de ces hommes sortis de prison et qui savent où est leur devoir, quand au même moment la grande majorité du peuple de France s’est laissée prendre à la propagande de Vichy.Ils regagnent leur foyer. Parmi eux on peut citer pour le Bas Rhin Clauss d’Obernai, Oster et Devening de Lingolsheim, Haar de Haguenau, Ott de Duttlenheim.

Le cas de ce dernier est un exemple d’ardeur et de courage. Aussitôt rentré chez lui, il organise 26 camarades. Grâce à un ami sans-parti, ils se sont procurés une ronéo et à l’automne 1940, alors qu’ils ne savent rien des directives du Comité central, ils ont conscience que Pétain a vendu la France et ils sortent le premier tract intitulé « Unsere heimat gegen lüge und schmach », c’est à dire « Notre pays contre le mensonge et le honte ». Ce tract est diffusé à Duttlenheim, Wolfisheim, Lingolsheim, Fegersheim ry jusqu’à Strasbourg-Neudorf.

Ce cas n’est pas isolé. En fait la résistance communiste dans le Bas-Rhin débute dès septembre 1940 spontanément pourrait-on dire dans la mesure où les contacts avec Paris n’étaient pas en place. Nous n’en voulons pour preuve que les dires d’E.Mey qui dans son livre « Le drame de l’Alsace » décrit ces différents épisodes particulièrement tragiques. En septembre 1940, les officiers SS convoquent au bâtiment de la Gestapo, rue Sellenick à Strasbourg, tous les militants communistes connus. S’étant bien vite rendu compte que le chantage ne paie pas, il tiennent ce langage : « Vous avez compris, nous connaissons votre passé et savons ce que chacun de vous a fait. Nous vous donnons la chance d’adapter votre vie aux principes du national-socialisme. Si jamais vous vivez dans l’illégalité, ce sera la mort ! » .

En fait cette menace pèsera d’un poids considérable sur tout le déroulement ultérieur de l’action. Une surveillance étroite s’exerce mais, malgré tous les risques encourus, les militants communistes renouent les liaisons entre eux dès le mois de septembre 1940.

Les premières ormes de lutte sont la confection et la ventilation de tracts et la collecte d’argent, destiné soit aux journaux du parti, soit aux familles des déportés.

C’est une époque tout particulièrement difficile. Pour les militants de longue date, il n’y avait aucun problème. Ils faisaient leur le principe « Die partei läst sich nicht verbieten. Wen sie nicht légal arbeiten kann, dann arbeitet sie illégal ». Ou « Le PCF ne se laisse pas interdire. S’il ne peut travailler légalement, il travaillera illégalement ».

Mais il n’en fut pas de même pour tous. C’est ainsi que le député communiste Daul, élu en 1936 dans la circonscription de Strasbourg-campagne, reniait dès le début de la guerre son parti, en échange de quoi la Gestapo le réintégra dans son emploi de cheminot.

Certains militants rencontrent des problèmes (peur de la répression, fruit de la propagande). Une période de flottement aussi quant à l’attitude à adopter vis à vis des syndicats (nazis ?).Période où on se demande peut-être si on a affaire à une guerre interimpérialiste ou une guerre de libération nationale. Les premiers contacts sont très dangereux car les allemands surveillent. Il faut doubler de vigilance, faire preuve d’ingéniosité. Ainsi à Ernstein, dès l’automne 1940, les militants communistes se rencontraient le dimanche lors de pique-nique dans les bois. Pendant que femmes et enfants se promenaient, les hommes se rassemblaient, faisaient le point sur la situation politique et déterminaient les actions à envisager. Partout on considérait que le premier devoir était de montrer à la population que les communistes poursuivaient le combat contre le fascisme comme avant et pendant la guerre franco-allemande. Avant même de posséder les Humanité clandestines. Ainsi toujours à Ernstein, furent édités des tracts avec du matériel prudemment caché.

Parfois les manifestations antifascistes avaient une ampleur plus spectaculaire. Ainsi le 11 novembre 1940 à Rothau des gens de la ville et de la Claquette, parmi eux des communistes et des socialistes, s’étaient réunis, avaient chanté La Marseillaise et l’Internationale. Dénoncés, ils furent immédiatement enfermés à Shirmeck. Un mois après, ils étaient expulsés avec vingt kilos de bagage. Ainsi donc dans le second semestre 1940, le PCF se reconstitue lentement, de premiers tracts sortent.

Mais début 1941 sera une étape importante dans la résistance communiste bas-rhinoise pour deux raisons. D’une part les contacts avec Paris et le comité central reprennent « normalement » grâce à l’arrivée de Georges Wodli dans les départements de l’Est. Wodli, né en 1900, était cheminot. Ancien mutin de la flotte impériale allemande de 1918. Membre du comité central du PCF, secrétaire de l’union syndicale des cheminots d d’Alsace-Lorraine, il avait avant guerre concentré ses efforts en direction de l’unification des innombrables syndicats catégoriels qui paralysaient l’action des cheminots. Il participa activement aux grandes campagnes contre les persécutions nazie en Allemagne (Thaelman, Edgar André, Liselotte Hermann…). Il prit part aussi à l’édition des journaux clandestins du PCA. Mobilisé en 1939, Wodli rejoint une compagnie du génie puis il est affecté au dépôt de guerre de St Benoît. Lors de l’arrivée des allemands, il entre dans la clandestinité, sous le surnom de Jules en tant que responsable interrégional.

Il y a Wodli donc et d’autre part, 1941, c’est la parution de la première

(d’une longue liste) Humanité d’Alsace-Lorraine clandestine.

La structuration du mouvement dans les trois départements à la suite du passage de G. Wodli constitua un moment fondamental de l’évolution de la résitance mais avant d’en examiner les effets, il convient de s’arrêter quelque peu sur Georges Wodli, « l’une des plus belles figures du mouvement communiste » écrit E. Mey.

Chargé par le Comité central de prendre contact et d’organiser le mouvement dans les trois départements de l’Est (Bas-Rhin, Haut-Rhin, Moselle), il passe la frontière pour la première fois début 1941. Ce sont les cheminots qui l’ont amené de Meurthe et Moselle à Hagondange. Déguisé en cheminot, il utilisait les trains de minerai qui faisaient le va et vient entre les deux départements. Son passage était organisé sous la responsabilité du militant Gutfried de Hagondange. Il va répéter l’opération plusieurs fois, la dernière en juin 1942. Dirigeant du mouvement illégal, il parcourt les trois départements et se trouve en contact personnellement avec les différents centres communistes de Thionville à Mulhouse. Là où cela était possible, il se rendait directement chez les militants. Ailleurs il leur fixait un rendez-vous dans les lieux publics. Désirant connaître personnellement la situation créée par l’occupation nazie, ainsi que son évolution, il tenait à discuter en personne avec les militants travaillant dans les entreprises et habitant les cités. Pour  ces militants, les visites de Wodli représentaient un événement d’importance. Beaucoup le connaissaient par son activité de militant communiste avant la guerre. Mais Wodli était surtout le membre du comité central du parti qui apportait aux militants les informations politiques et les instructions d’action de la direction du parti.La direction de la résistance dans les trois départements fut la suivante. Georges Wodli en coordinateur, avec Jean Burger et Martin Waechter en Moselle, Murbach et Schwartz dans le Haut-Rhin et Georges Mattern (et Georges Wodli) pour le Bas Rhin.

Le 21 juin 1941, jour de l’attaque de Hitler contre l’URSS, Wodli qui était alors à Strasbourg repartit aussitôt à Paris pour contacter le Comité central. Il savait que de St Louis, à la frontière suisse, jusqu’à Thionville, le PCF était reconstitué et travaillait de façon normale. C’est une réponse supplémentaire (si besoin en était) aux calomnies et déformations qui tendent à faire croire que l’opposition communiste n’avait débuté que lorsque Hitler attaqua l’URSS.

Ainsi les deux responsables pour la résistance dans le Bas Rhin étaient Wodli et Georges Mattern, de Strabourg, cheminot lui-aussi aux ateliers de Bischeim.

Second fait important en ce début d’année 1941 : la parution de L’Humanité d’Alsace-Lorraine, seul journal de la résistance sorti dans l’illégalité. Cet acte est significatif pour deux raisons. Le problème de la propagande écrite sous l’annexion nazie représentait d’énormes sacrifices, une organisation solide et un dévouement sans faille. Aussi est-ce une grande victoire que d’avoir pu sortir un journal. A la rédaction, le principal responsable était Joseph Ott de Duttlenheim.Il y avait plusieurs endroits où l’on tirait le journal, la difficulté étant de trouver une ronéo. Le papier provenait de Bischheim. Les stencyls étaient tapés par la femme du militant Auguste Hen de Bischheim qui lui-même s’occupait de la trésorerie illégale. Ils étaient véhiculés dans les « Neuesten Nachrichten ». La seconde raison est d’ordre politique :il était fondamental de disposer d’une presse susceptible d’impulser, d’organiser et de coordonner l’action. Chez les militants communistes, la parution de cette première Humanité clandestine constitua une date fondamentale. Elle repr essente en effet l’existence d’un lien entre tous les résistants et elle élargit considérablement leur champ d’action politique.

C’est dans cette première partie de 1941 que l’on trouve un long appel publié par les communistes d’Alsace-Lorraine, un document de sept pages qui sera publié dans « Les cahiers du bolchévisme » des 2é/3é trimestres 1941. Dans cet appel on peut distingue cinq parties : l’historique des événements depuis le Front populaire ; les caractéristiques de la situation en Alsace-Lorraine ; un appel à l’unité de tous les antifascistes (alsaciens-lorrains) ; le contenu du « programme de libération sociale et nationale pour l’Alsace-Lorraine » ; les taches immédiates  de la résistance.

Il est indispensable, avant de poursuivre notre étude, de s’arrêter sur ce document fondamental. L’appel brosse tout d’abord un tableau de la situation matérielle et morale de la France et de l’Alsace-Lorraine en particulier en ce début 1941, en essayant de montrer où se situent les réelles responsabilités.

L’appel évoque les principales péripéties de la politique française depuis 1936 : le Front populaire, l’antisoviétisme de la bourgeoisie, l’étranglement de la république espagnole, le pacte de Munich, la déclaration de guerre, l’incarcération des députés communistes, la préparation à la guerre contre l’Urss, la violente campagne anticommuniste et le caractère impérialiste du conflit. Puis après avoir cité des extraits de « l’Appel au peuple de France » de Thorez et Duclos de juillet 1940, on dénonce «  les responsables particuliers des malheurs de l’Alsace-Lorraine », c’est à dire : la presse bourgeoise de toutes les nuances d’alors, du « Républikaner » socialiste  au « Messin » chauvin, les députés et sénateurs socialistes, UPR, démocrates ou autonomistes qui, à aucun moment, ne se sont élevés contre l’annexion de l’Alsace. L’appel montre qu’en Alsace-Lorraine, les coups les plus durs de l’occupant sont portés contre le PC, preuve que seul ce parti symbolise les intérêts réels du peuple alsacien-lorrain. Les communistes d’Alsace-Lorraine élèvent une protestation contre l’annexion de leur pays à l’Allemagne, l’expulsion de centaines de milliers d’habitants, l’oppression linguistique, le régime de pressions, de menaces et d’arbitraire nazi, la situation matérielle misérable des travailleurs (salaires, impôts, taux de change…) et enfin le dépècement de l’Alsace-Lorraine en deux districts distincts.

A noter que l’on s’élève contre « l’annexion effectuée sans la moindre consultation populaire ». On retrouve là un des thèmes des communistes alsaciens, souvent développé sous la 3è République, à savoir l’Alsace, entité nationale, prise entre deux impérialismes, l’allemand et le français, et se trouvant accaparé par l’un ou l’autre suivant le rapport de forces. C’est pourquoi les communistes revendiquent « pour le peuple d’Alsace-Lorraine le droit de libre détermination de son sort, c’est à dire le droit de fixer en toute indépendance et souveraineté, sans aucune immixtion étrangère, son statut social et politique ainsi que ses rapports avec les pays voisins ».

La 3è partie de l’appel est consacrée à l’unité de toutes les forces antifascistes pour combattre l’ennemi commun. On retrouve le mot d’ordre de front national de lutte pour l’indépendance de la France, lancé le 15 mai 1941. Il s’agissait de réaliser l’union de la nation pour la défense de l’intérêt national, et de faire appel à tous les Français, à l’exception des collaborateurs et des traitres. Cet appel s’adresse : à la classe ouvrière dont les conditions de vie et de travail sont des plus déplorables ; aux paysans et classes moyennes en partie ruinées par l’occupatio, ; aux travailleurs chrétiens ; aux « camarades socialistes » abandonnés par des « chefs indignes » ; aux autonomistes d’avant 1939 trompés par la démagogie de leurs chefs ; aux alsaciens-lorrains de langue française brimés par une oppression linguistique intolérable ; aux jeunes ; à toutes les victimes de la guerre et de l’occupation. Dès à présent les communistes proposent une action commune en vue de l’évacuation des allemands du sol alsacien-lorrain, de l’instauration d’un gouvernement d’hommes n’ayant en aucune façon trempé dans la déclaration de guerre, gouvernement appuyé par des comités populaires. Les communistes proposent un programme de gouvernement et le plus simple nous a paru de le citer intégralement en raison de son caractère inédit et des circonstances exceptionnelles qui ont présidé à son élaboration (où ?).

Dans l’immédiat, et pour réaliser cette libération sociale et nationale, le pc d’alsace lorraine établit un programme d’action à tous les niveaux : lutte des ouvriers pour de meilleurs salaires (Un chapitre particulier est consacré aux cheminots) ; lutte des paysans pour la reconstitution des organisations agricoles dissoutes, la réouverture de coopératives fermées ; lutte des ménagères contre le rationnement, la hausse des prix ; lutte des fonctionnaires, petits commerçants, professions libérales… Ainsi, conclut l’appel, « la libération de l’Alsace-Lorraine sera dans l’essentiel l’œuvre des alsaciens-lorrains eux-mêmes ».

(idée d’autonomisme ?)

Au terme de cette première partie, évoquant la première étape de la résistance communiste bas-rhinoise, il nous semble bon d’en dégager brièvement les grandes lignes.

Les deux grandes caractéristiques sont actions de masse et union. Actions de masse parce que les communistes ne se sont pas livrés à de l’espionnite et ne sont pas tombés dans l’attentisme (comme c’était le cas pour la résistance gaulliste). Mais leur but était la lutte (économique, politique, idéologique, armée) contre le fascisme. Ils n’ont pas fui à l’intérieur de la France mais se sont battus sur le terrain.

Union parce que le souci constant de cette résistance a été de mobiliser et de faire l’unité de tous les travailleurs, de tous les démocrates antisfascistes et patriotes (comme on le voit dans l’appel de 1941). Dans le Bas-Rhin, ce problème sera tout particulièrement ressenti lorsque se posera la question de l’alliance avec les catholiques.

A ces deux caractéristiques essentielles, il convient d’ajouter une troisième remarque, portant sur la composition sociale de cette résistance. L’épine dorsale a été constituée par les cheminots. Cela tient à plusieurs facteurs : le nombre ; la conscience politique, de fortes organisations syndicales, d’importantes cellules du parti existaient dans tous les centres, dépôts et ateliers de la SNCF ; les facilités de transport qui étaient utilisés dans l’organisation de la résistance pour la distribution de la presse clandestine (Humanité d’Alsace-Lorraine, le syndicaliste libre, tracts…) ; les possibilités de sabotage enfin.

Il faut souligner que beaucoup de femmes de cheminots ont joué un grand rôle dans la résistance communiste. Avec courage et esprit d’initiative, elles exécutèrent des missions de liaison et de transport du matériel. Ceci dit, on ne s’étonnera pas si le centre de résistance se soit situé indiscutablement aux ateliers SNCF de Bischheim. (Le livre « La SNCF pendant l’occupation » donne d’intéressantes indications mais avec le tour de force de ne jamais parler des communistes.)

Quant aux différentes formes de résistance, elles sont sensiblement partout les mêmes : distribution de L’Humanité d’Alsace-Lorraine, collecte d’argent pour les éditions clandestines et pour la solidarité avec les familles de déportés, organisation de la lutte revendicative sous des formes nouvelles, sabotage de la production et des machines, accumulation d’armes.

Géographiquement  nous pouvons déjà délimiter quelles furent les grandes zones où le PCF exerça une activité clandestine de façon permanente. Celles ci correspondent d’ailleurs assez exactement aux régions où le PCF enregistra en 1936 et en 1945 ses plus forts pourcentages aux élections législatives. Il s’agit essentiellement de Strasbourg pris au sens large et de la vallée de la Bruche, c’est à dire un ensemble qui pourrait être délimité par la Wantzenau au nord est, Ernstein au sud est, Schirmeck au sud ouest, Niederhelash au nord ouest.Du moins c’est ce que montrent nos recherches, nous ne prétendons pas que ces résultats soient définitifs.

SECONDE PARTIE

LES GRANDES EPREUVES,1941/1942

Cette seconde partie s’ouvre en juin 1941, date de l’agression des armées nazies contre l’Union soviétique. Non pas parce que, comme l’affirment certains, cette date symboliserait l’entrée des communistes dans la résistance (nous avons vu la valeur de ces affirmations) mais parce que la guerre germano-russe va avoir des répercussions considérables en Alsace, bien plus sensibles que dans tout le reste de la France. L’opinion publique bas-rhinoise, en ce début 1941, est lasse. La France occupée, l’Alsace annexée, Hitler semble invincible. L’issue du conflit est des plus sombres. Le désespoir s’installe. Aussi la guerre germano-soviétique va-t-elle avoir des répercussions sensibles : l’horizon politique international s’éclaircit. L’opinion publique à laquelle on a fait croire à la trahison de l’Urss, va prendre conscience que la situation est toute autre. La population alsacienne est tout particulièrement concernée par ce qui se passe à l’Est de l’Europe.Pour des raisons géographiques d’abord. On se sent coupé de la France, libre ou occupée, par une frontière réelle. Les pays alliés, d’autre part,ne semblent pas être en mesure de modifier le statu quo. L’Angleterre panse ses plaies. Les USA sont en dehors du conflit. De plus, peu de personnes connaissent l’existence à Londres du général de Gaulle. Par conséquent, seule l’Urss est susceptible d’agir sur la marche des événements encore que l’invasion de ce pays par les nazis ne semblera pas dans un premier temps faire évoluer la situation de manière positive. Ce n’est qu’avec les premières victoires de l’armée rouge sur l’envahisseur que les conséquences considérables se feront ressentir en Alsace et dans le Bas-Rhin.

L’agression hilerienne contre l’Urss va marquer une phase nouvelle dans l’évolution de la guerre et modifier les conditions de la lutte dans tous les pays occupés. L(Urss avait pour objectif d’écraser l’impérialisme allemand et d’exterminer le fascisme afin de rétablir et de développer les institutions démocratiques en Europe. Sa participation donna à la seconde guerre mondiale son véritable caractère de guerre antifasciste et de libération des peuples, caractère que revêtait déjà la lutte des peuples occupés par les puissances fascistes et celle du peuple anglais. Le front commun des forces démocratiques proposé par le mouvement communiste international contre la menace hitlérienne se constitua alors. L’Allemagne commença à dégarnir les pays qu’elle occupait afin de concentrer des forces de plus en plus importantes à l’Est. Les combats et les sacrifices de l’armée soviétique, alors même qu’elle reculait, contribuèrent au développement de la résistance à l’intérieur des pays occupés. Les peuples comprirent d’instinct qu’un nouveau rapport de forces s’était créé en faveur du camp de la liberté et de l’indépendance nationale. L’issue victorieuse du combat leur apparut moins incertaine. Le scepticisme qui jusque là rongeait commença à reculer.

Pendant l’hiver 1942/1943, la Wehrmacht hitlérienne subit la défaite historique de Stalingrad, tournant de la guerre. Les répercussions de cette victoire soviétique furent inouïes. Coupés de la résistance française par une frontière, ne comprenant pas les hésitations alliés quant au déclenchement d’une opération de débarquement en France, les Alsaciens et lorrains sans distinction d’opinion se tournèrent vers l’Urss dont les sacrifices suscitèrent une admiration qui se manifestait dans le soutien collectif et permanent aux prisonniers soviétiques particulièrement nombreux dans le Bas Rhin malgré les menaces de la gestapo.

Dans le même temps (1941),on assiste à certains faits de résistance qui témoignent de la combattivité croissante de certaines couches de la population. Très vite en effet les allemands se rendront compte que la classe ouvrière ne s’est pas laissée prendre par la démagogie de la propagande nazie et que les fameux DAF (Deutsche Arbeitsfront), syndicats nazis n’attirent qu’une infime minorité d’ouvriers. Partout le constat est le même, les ouvriers boycottent ces paravents de l’appareil nazi. Très vite aussi, la jeunesse va prendre une part croissante dans la résistance entre autres pour une raison très simple : le gauleiter Wagner, en août 1941, a décidé d’établir le service du travail obligatoire pour les jeunes gens et jeunes filles. Nouvelle tentative d’embrigadement qui s’adresse à la jeunesse. La résistance au STO sera très symptomatique de l’état d’esprit des jeunes mais il est en même temps révélateur pour l’avenir.

1941 verra encore la consolidation de l’organisation communiste dans le Bas Rhin comme en témoigne la sortie régulière des journaux clandestins comme L’Humanité d’Alsace Lorraine ou des journaux syndicaux (Der freie gewerkschaftler).

Dans le reste de la France c’est le 15 mai 1941 que le PCF lance le mot d’ordre de Front national de lutte pour l’indépendance de la France. C’est en février 1942 que Wodli dans L’Humanite d’Alsace Lorraine approfondit l’idée de l’unité avec les catholiques. Le problème est tout particulièrement sensible dans le Bas Rhin car le facteur religieux occupe une place de première importance. Toute l’histoire politique de la 3è République montre le poids et la complexité de ce problème. Grâce à l’appui du clergé omniprésent, les partis de droite trouvent dans les couches laborieuses (ouvriers, employés, paysans) une assise électorale solide. Alors qu’en fait leurs intérêts de classe sont sacrifiés. La position du PCF est une position de principe : la contradiction croyants/non croyants est une contradiction secondaire, seule l’opposition de classe compte. Aussi s’efforce t il de  trouver le plus grand nombre de points d’accord possible entre eux pour combattre l’ennemi commun. Telle fut sa politique lors du front populaire et qui reste valable sous l’occupation, époque où l’unité peut et doit être la plus large possible. Aussi la résistance est elle appelée à prendre des dimensions nouvelles avec cette main tendue de Wodli aux catholiques. La même idée sera développée lorsque L’Humanité d’Alsace Lorraine rendra hommage à la mémoire de Weinum, jeune patriote catholique, auteur de l’attentat  manqué contre le gauleiter Wagner, qui sera décapité le 31 mars 1942. Ainsi le mot d’ordre d’unité sera un des points clés de la résistance communiste. Ce sera un signal d’alarme pour les occupants nazis  car l’alliance de tous les alsaciens opposés au fascisme risque de donner à la résistance une impulsion dangereuse. D’où une vague d’arrestation et de répression des militants communistes.

Mais dans le même temps les événements se précipitent. Hitler pensait ne faire qu’une bouchée de l’Urss. Les premières victoires pouvaient le persuader dans ses convictions. Mais les revers que commencent à subir les troupes nazies en Urss le font déchanter.  A la britzkrieg il va falloir s’installer dans une guerre longue et couteuse. Cela nécessite un effort croissant en matériel et en hommes. Aussi en avril 1942 le gauleiter Wagner va prendre une décision qui marque un tournant fondamental dans l’histoire de l’occupation de l’Alsace : il décide d’incorporer de force les alsaciens dans la Werhmacht. Cette mesure ne constitue pas en fait une surprise totale puisque le décret d’août 1941 sur le STO le préparait dans une certaine mesure. De la même manière, l’Appel communiste de 1941 s’adressait aux jeunes en ces termes : »A vous jeunes compatriotes, qui allez vers un nouveau service militaire… »

Mais il constitue néanmoins un choc terrible. Les allemands le savent d’ailleurs et redoutent les réactions. Ils prennent les devants en menaçant les parents des incorporés de force d’expulsion en cas de désertion de leurs fils. Cette mesure éminemment impopulaire va entrainer de très nombreuses manifestations de masse de la jeunesse, trop nombreuses pour qu’on puisse les citer. Certaines se termineront de façon dramatique. Presque à chaque fois les meneurs seront arrêtés et condamnés.

Face à cette nouvelle escalade des nazis, que faire ? quel mot d’ordre fallait il avancer ? A radio Londres, Jacques d’Alsace recommandait aux jeunes : »Allez dans la Wehrmacht à cause des représailles possibles ». Mais l’attitude des communistes fut tout autre. Il fallait montrer que la jeunesse alsacienne était contre le fascisme, qu’elle n’avait pas l’intention de se battre sous un uniforme qu’elle haïssait et que, face à cette épreuve de force, il fallait répliquer. Mais il fallait éviter en même temps et l’attentisme et l’aventurisme. Cette réplique devait être une réplique de masse, une action unie de tous comme l’explique un tract sorti en avril/mai 1941. Ainsi les consignes des communistes furent-elles de ne pas aller dans la Werhmacht. Toutefois conscients que tous ne pouvaient pas passer les Vosges ( ce qui sera le cas de 15 000 d’entre eux entre 1940 et 1944) et que tous n’avaient pas les moyens de se cacher en Alsace (ils seront plusieurs milliers à le faire), l’ordre était, pour ceux qui ne pourraient se soustraire à l’armée, de propager un moral de défaite dans la Werhmacht, d’y organiser le sabotage et de déserter à la première occasion vers les troupes alliées. A cet effet de nombreux tracts furent ventilés aux jeunes du contingent, des tracts minuscules (10 cm sur 13) où ces mots d’ordre étaient expliqués. A noter tout particulièrement un des tracts en direction des jeunes qui devaient aller sur le front de l’Est et sur lequel on avait écrit quelques mots en russe (phonétique) pour leur permettre de déserter. Les expressions très simples étaient les suivantes : Proschay Mosskwa, Eslebe Moskau, Vive Moscou et Dalay Gitlera, Nieder mit Hitler, A bas Hitler.

Nombreux sont ceux qui suivirent cet appel. Beaucoup au front furent fusillés par les nazis pour tentative de désertion. D’autres désertèrent vers des groupes de partisans soviétiques et se battirent avec eux dans les forets de Russie. D’autres enfin dans leur majorité  demandèrent après leur désertion d’être incorporés en tant qu’unité française dans l’armée rouge, ce que le gouvernement de gaulle refusa.

Ainsi donc la résistance communiste bas-rhinoise atteignait à la mitan de 1942 un stade de développement inégalé. L’organisation, sur pied depuis plus d’un an, la presse sortant régulièrement, des mots d’ordre de lutte clairs et mobilisateurs. Cependant un coup de frein brutal va frapper le mouvement. En mai 1942, les nazis opèrent une énorme opération de répression contre les militants communistes. Plus de 200 d’entre eux sont inculpés, principalement dans les milieux de cheminots. Contrairement à ce qu’affirme E.Mey dans « Le drame de l’Alsace », il ne s’agit pas d’une dénonciation mais de motifs politiques bien précis. Ceux-ci sont multiples. Il y a tout d’abord l’ampleur que prend la résistance communiste entre 1941 et 1942. La parution des Humanité d’Alsace-Lorraine en sont la preuve la plus flagrante. Il y a ensuite le danger que représente pour l’occupant une alliance entre les communistes et les catholiques, ce qui ne manquerait pas de les gêner. Il y a enfin et surtout le danger de toute opposition au décret d’incorporation de force. Les nazis sont fort préoccupés par la tournure des événements sur le front oriental. La nécessité de mobiliser toutes les forces du Reich et le besoin de troupes nouvelles font qu’ils ne tolèreront absolument aucune opposition. Le danger que représentent les communistes à ce sujet n’est pas tolérable. Aussi mai 1942 verra s’effectuer d’énormes opérations de répression. Mais ces arrestations préventives n’ont pas donné les résultats espérés par la Gestapo puisqu’au mois de juillet, de nouvelles inculpations vont suivre qui touchent par exemple Oster de Lingolsheim, Ott de Duttlenheim, Gerhing de Bischheim, Merckle de Shiltigheim, Heydt de Barr, Loffler de Bischwiller et d’autres encore qui sont enfermés dans un camp de concentration. L’organisation se trouve donc profondément ébranlée par ces mesures. G.Mattern, le responsable pour le Bas Rhin, avait du fuir les ateliers de Bischheim le 28 mai ; en mai/juin il se cache à Niederbronn. Wodli, maquillé, portant des lunettes et un chapeau mou, arrive à Strasbourg pour aider à la reconstruction du mouvement. Fin juin 1942 eut lieu une réunion clandestine des responsables à Vendenheim chez un petit paysan, Guillaume Schauly. Il y avait là Wodli, Mattern, Burger et Waechter pour la Moselle. On décida de reconstituer l’organisation clandestine. Wodli s’occuperait désormais du Heut Rhin. Avant de partir (en France), Wodli chargea certains camarades de s’occuper de dynamites. A son retour, on mettrait sur pied des groupes de partisans exécutant des actions armées, avait-il précisé. Mais il ne revint pas, du moins plus en militant clandestin. En effet Wodli fut arrêté le 28 octobre 1942 à Chatou, en Seine-et-Oise, alors qu’il était en mission. Il fut mis en prison par les Français mais sachant que ses jours étaient comptés, il avoua faire partie de l’action anti-hitlerienne en Alsace et fut ramené dans son pays d’origine, au camp de Schirmeck.

LA REPRESSION, LES PROCES

1943 sera marqué par la poursuite de le reconstruction de l’organisation du PCF dans le Bas-Rhin et verra un renouveau de la résistance du fait des victoires de l’URSS sur les nazis. Mais 1943 sera aussi marqué par les procès des militants communistes accusés d’avoir reconstitué le PCF. Ces procès se dérouleront au cours du premier trimestre. La plus haute juridiction du Reich, le Volksgerichtshof (tribunal du peuple) en est chargée. Ce tribunal a à sa tête le redoutable Roland Freisler. En guise d’introduction, il paraît intéressant de citer la presse nazie locale, en l’occurrence les « Strassburger neueste nachrichten » du 27 janvier 1943 pour voir comment la presse nazie envisageait le problème. Le titre de l’article était « Ausrottung des verrats im Elsass », Extirpation de la trahison en Alsace. On pouvait lire « C’est la volonté inexorable des dirigeants du Reich qu’un novembre 1918 ne se répète plus et qu’en aucun cas, au moment ultime où le soldat allemend se sacrifie au front dans une lutte victorieuse, quelques traîtres ne lui tombent sur le dos. Après des années de longanimité et de propagande, le Reich est décidé à anéantir et à extirper les quelques éléments qui veulent devenir soldats de Staline et travailler à l’avantage de l’ennemi le plus acharné de l’Allemagne nationale-socialiste : le bolchevisme. Devant le tribunal du peuple ont paru les premiers membres d’une grande bande communiste, constituée illégalement, à laquelle il est reproché d’avoir travaillé, durant toute une année, du milieu de 1941 à mai 1942, à l’organisation du mouvement communiste et d’avoir, pendant ce temps, répandu des tracts révolutionnaires. Les accusés ont en outre ramassé des armes abandonnées en 1940 par l’armée française et les ont cachées en des endroits bien camouflés pour s’en servir au moment du grand choc entre le communisme et le national-socialisme. (…) Pour avoir favorisé des puissances ennemies et mis sur pied une organisation communiste ayant pour but la haute trahison, le premier sénat du tribunal condamne les accusés… »

Plusieurs procès de militants communistes sont jugés en même temps. Pour ce qui nous concerne, le Bas Rhin, seront condamnés au cours de la session du 25 janvier 1943 les militants suivants : Erb de Bischheim, Keim de Strasbourg et Ebel de Schiltigheim (travaux forcés à perpétuité), Arlen de Hoerdth (3 ans), Kleindienst (17 mois). D’autres membres du groupe Erb seront condamnés ultérieurement : Haber Eugène de Strasbourg(8 ans), Fritsch et Sieffert de Strasbourg, Sorgus Al. et Sommer de Schiltigheim (Schirmeck) et Heiligensteim Philippe (qui parviendra à s’échapper).

Wodli arrive en janvier 1943 à Schirmeck. Son désir le plus cher est d’avoir un procès public comme Dimitrov, dirigeant communiste bulgare, faussement accusé de l’incendie du Reichstag. Il s’illustra au procès de Leipzig en dénonçant devant l’opinion publique mondiale le fascisme hitlérien. Il n’en sera rien. Les occupants craignent trop un débat au grand jour. Au cours du mois de janvier 1943, on assiste à une étrange mise en scène au camp. Le commandant des lieux, Buck, fanatique et démoniaque, ordonne à tous les prisonniers de regagner leur baraque à l’exception des communistes alsaciens qui étaient alors à peu près une centaine. On les fit entrer dans la grande salle du camp où on amena Wodli que la Gestapo avait déjà furieusement torturé mais qui n’avait rien dit. Buck déclara : « Voici le triste reste de votre organisation. Il porte la responsabilité de votre incarcération ».Buck espérait que les militants présents manifestent une quelconque haine vis à vis de Wodli. Personne ne bouge. Nouvelle tentative du commandant. Sans résultat. Sur ce Buck s’écrie « Vous êtes restés comme avant, vous vous en repentirez. » Peu après, le 2 avril 1943, Wodli fut reconduit aux petites heures de la matinée dans les bâtiments de la Gestapo, rue Sellenick. Un des trois agents chargés de l’interroger déclara : « Aujourd’hui il parlera ou il crèvera ». Comme de fait il fut torturé à mort dans les caves de la Gestapo et mourut dans la nuit. Le 3 avril son corps fut amené au Struthof et brûlé. Avec lui disparaissait la plus belle figure de la résistance communiste bas-rhinoise. Dans sa dernière lettre, il écrivait : » Si je ne devais pas voir la naissance des nouveaux droits de l’homme, alors, camarades, faites que ma mort n’ait pas été vaine. Ma vie fut une lutte pour la liberté des opprimés et des exploités.Mes dernières pensées seront avec vous, camarades, pour notre grand parti pour lequel je suis prêt à mourir, pour une Alsace libérée ».

Ce fut une perte irréparable pour l’organisation communiste. G.Mattern, désormais seul responsable, s’occupa de remettre sur pied l’organisation. Il parcourut à bicyclette un grand nombre d’agglomérations afin de contacter les militants : La Wantzenau, Offwiller,Pfaffenhoffen,Haguenau, Obernai, Niederhaslach, Erstein, Duttlenheim… Après l’arrestation de Wodli, le mot d’ordre était : « Porter par tous les moyens des coups aux nazis ».

Malgré ce coup de frein terrible infligé à la résistance communiste, le PCF n’en continuait pas moins d’exister et de travailler. Il est un point qui ne semble pas d’ailleurs avoir préoccupé les Allemands dans leurs accusations contre les communistes, et qui tint cependant une large place dans leur activité : le passage des prisonniers de guerre. Alphonse Boosz de Strasbourg s’est consacré à cette tâche et il fut secondé par Guillaume Kuhn qui veillait au ravitaillement.

Mais tout en menant leur propre politique, le PCF, nous l’avons vu, accordait un place fondamentale à l’unité de toutes les forces antifascistes. Aussi des liaisons sont assurées entre les communistes bas-rhinois et d’autres organisations de la résistance. Le contact est établi avec Paul Freiss, futur capitaine Jean Paul et Joseph Foehr, future capitaine Jérôme, et plus tard avec Georges Kiefer, futur commandant François, chef de la résistance dans le Bas Rhin.

LA LIBERATION : illusions et déceptions (1944/1945)

La libération de l’Alsace sera très lente puisqu’elle durera quatre mois. Cette libération sera surtout l’œuvre de l’armée française ainsi que des FFI. Ce n’est que le 20 mars 1945 qu’il n’y  aura plus d’Allemands libres en Alsace. La libération de Strasbourg a lieu le 23 novembre 1944. Strasbourg avait auparavant beaucoup souffert  lors de bombardements destructeurs meurtriers (le 6  septembre 1943, les 27 mai, 11 août et 25 septembre 1944). Dès le 24 novembre, Alphonse Boosz, secrétaire à l’organisation du PCF départemental, se rendit chez le commandant FFI, au commissariat central de police, rue de la Nuée bleue. Le but de sa visite était de mettre les militants communistes au service des FFI. Boosz se vit répondre : « Les communistes ? je ne les connais pas ! » Ce qui, d’une manière manifeste, était un mensonge grossier puisque quinze jours auparavant communistes et gaullistes s’étaient rencontrés. Ainsi donc, dès le lendemain de la Libération de Strasbourg, on va tenter d’exclure le PCF et nier la place qui lui revient dans l’échiquier politique. De par des accords particuliers cependant on va procéder à la création des FTP situé 8 rue des Francs Bourgeois ( les FTP s’étaient constitués fin 1941 sur l’initiative du PCF dans le reste du pays). La cantine des FTP était installée à l’angle de la rue des serruriers et de l’avenue Leclerc. Ces FTP participeront largement aux combats de la défense de Strasbourg au sein des FFI lors de la tentative de contre-offensive allemande sur l’Alsace.

Pendant ce temps, il n’était pas rare de voir à Strasbourg au siège du PCF une image qui était habituelle dans le reste de la France c’est à dire des files de personnes venant s’inscrire au parti et dont il fallait exclure souvent quelques collaborateurs notoires qui tentaient de se redonner une virginité politique.

Comme partout ailleurs, on procéda à la mise sur pied d’un Comité départemental de libération (CDL). Là encore, en raison de la situation propre de l’Alsace, le CDL n’apparut qu’après la libération. On tenta également d’ignorer le PCF et il fallut insister pour que des représentants du PC en fassent partie. Le CDL avait été fondé par les instances administratives du Commissariat de la République « venues dans les fourgons de la division Leclerc ». Il y avait  là surtout des gens venus de Perigueux. Le CDL comptait 33 membres ; il était composé de 18 UNAR, c’est à dire que ce parti détenait la majorité absolue, 3 CGT, 2 SFIO, 2MLN, 1 Parti démocratique, 1 Front national, 1 parti catholique, 3 sans parti (dont M. Radius) et 2 communistes, Guillaume Kuhn (né le 4 mai 1904) et Marcel Rosenblatt (né le 17 décembre 1908). Le président était Georges Kieffer (dit Commandant François) et Joseph Mohn, secrétaire départemental de la CGT était vice-président.

Quand de Gaulle viendra à Strasbourg, début 1945, on lui présentera le CDL où il y avait deux représentants du PCF. Quand on les lui présenta, il aura cette phrase extraordinaire : « Comment, même ici, il y en a ! ».

C’est l’époque où tous les politiciens d’avant guerre regagnent progressivement l’Alsace. L’époque aussi où, suivant le désir constant du PCF, souffle un grand courant d’unité. Ainsi, début 1945, PCF, SFIO et MRP se retrouvent autour de la même table pour rédiger les « Cahiers de doléance du Bas Rhin » pour les Etats Généraux de la résistance du 14 juillet 1945. Une même unité devait présider aux élections municipales d’octobre 1945 mais, quelques jours avant les élections, le MRP refusa de figurer sur des listes d’union. C’était le signal de départ du sabotage de l’unité Malgré cela, les listes d’union républicaine-démocratique et antifasciste recueillirent 50% des voix à Strasbourg et représentent une force dans toutes les agglomérations.

Un autre facteur va être à la source de divisions graves, c’est le problème de l’épuration. Vu les caractéristiques de l’occupation allemande, qui était en fait une annexion, la situation est très difficile. La position des gaullistes est des plus ambiguë puisque Radio-Londres déclarait que les Alsaciens pouvaient adhérer aux organisations nazies tout en gardant « un cœur de Français » .Mais le Commissaire de la République oublie visiblement ces conseils à la libération puisqu’il prend des sanctions contre certains alsaciens qui avaient collaboré sans auparavant tenir compte de leur motivation propre. La position du PCF est beaucoup plus clair puisqu’elle est exposée par Wodli dès 1942 : à la libération, il ne faudra avoir aucune pitié avec les gros collaborateurs mais se montrer magnanimes avec les petits qui ont pu être trompés par la propagande. C’est précisément la position inverse qu’adoptèrent les « cours de justice » de la libération, en punissant les petits et en graciant les gros sauf exception. Ainsi un industriel alsacien qui avait été Wehrwirtschaftsfurher, c’est à dire dirigeant de l’industrie de guerre, avait à la libération été décoré de la légion d’honneur. Pour protester contre cet état de fait, les communistes démissionnent de ces cours. Très vite en effet la politique d’unité sera sabotée par ceux qui ne l’avaient pratiquée que sous la contrainte. Dès la libération, la réaction alsacienne va s’efforcer de détourner l’opinion publique des vrais problèmes et l’on va assister de nouveau à une vaste campagne antisoviétique et anticommuniste sur de prétendus camps de concentration en URSS où seraient internés des Alsaciens-Lorrains. Tambow dès le printemps 1945 sera au centre de cette propagande. Ainsi le 20 octobre 1945, lorsque Thorez viendra à Strasbourg, lors d’un meeting pour les élections législatives, la réunion se passera dans un climat perturbé par cette propagande antisoviétique.

CONCLUSION

La résistance communiste dans le Bas Rhin constituera un des mouvements essentiels de l’opposition contre le régime d’oppression et de terreur nazi. En cela elle ne se différencie pas de la situation dans l’ensemble de la France. Mais compte tenu de circonstances locales précises, compte tenu aussi du contexte politique, économique et social, cette résistance prendra des formes originales. Armés d’une longue tradition de lutte antifasciste, les communistes alsaciens ne sont  pas désorientés par la répression qui frappe le parti à la fin de l’année 1939. Placés dans des conditions particulièrement difficiles tout d’abord sous la drôle de guerre, du fait de la situation du département face à l’Allemagne puis sous l’occupation et  l’annexion, ils ne manquent pas cependant de se trouver au premier plan du combat contre Hitler. Début 1941, l’organisation clandestine est reconstituée et des journaux sont édités. Cette résistance qui sera dans une large part l’œuvre de Georges Wodli, responsable exemplaire qui donnera sa vie pour la patrie (parti ?), est d’autant plus admirable que le « travail » de ces communistes sera des plus dangereux puisqu’ils auront sans cesse à se jouer d’un grand quadrillage policier extrêmement efficace.

Les mots d’ordre –lutte de masse et unité-sont appelés à recevoir un écho dans la population, surtout après l’épisode dramatique des « enrôlés de force », les « malgré-nous ». Mais la répression systématique de 1942 et les procès, l’année suivante, porteront un coup sérieux au développement de l’action. A  la Libération, les communistes tiendront leur place sur le plan politique et militaire mais les manœuvres des « politiciens » et le retour à l’anticommunisme d’anciens « alliés » vont contribuer à écarter le PCF de la scène politique et à trahir les espoirs mis dans la libération.

P.S. : voir le dossier « papier » pour la bibliographie, la reproduction de certains témoignages, les entretiens…

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